Note sur « Le terrorisme islamiste » d’Ivan Blot

Par Lucien SA Oulahbib 

Le livre d'Yvan Blot commence par une approche très originale, se basant sur une analyse à la fois historique et psychologique des motivations humaines (la théorie des trois cerveaux : reptilien, affectif, rationnel) qui montre avec efficacité que dans certaines circonstances la domination des instincts et du rationnel contre l'affectif engendre le totalitarisme au sens où la soif de puissance puise une légitimité dans la raison pour justifier tous les crimes effectuées au nom de cette dernière.

Cela rappelle que les plus grands carnages contre l'Humanité ont été effectués par des régimes se prétendant agir au nom de la raison de la race de l'Histoire. Les religions chrétiennes et musulmanes n'ont pas été en reste, mais dans une bien moindre mesure, et il s'avère que si la première s'est amendé, la seconde pas du tout, et encore moins sa franche radicale djihadiste, même si, pour la première fois, l'un d'entre-eux vient de se déclarer coupable devant la Cour Pénale Internationale.

Yvan Blot étaye son analyse par une étude serrée du livre de Dostoïevski, les Possédés, montrant bien comment par un mécanisme implacable des idéologues narcissiques manipulent des déracinés pour les pousser à (se) détruire. Ce canevas semble parfaitement expliquer ce qui se passe en effet aujourd'hui pour Blot démontrant que dans notre société dominée par une "oligarchie libérale" sans autre dessein que le consumérisme il est aisé de manipuler des individus jeunes aux vies vides de sens. Blot s'appuie (entre autres) sur les travaux de Jean-François Matteï pour ce faire. Il étudie également nombre de théoriciens du djihadisme en ne se contentant pas de oui-dire.

Il met aussi en avant, mais là c'est moins nouveau connaissant les écrits et la vie politique de l'auteur, le lien entre terrorisme islamiste et immigration musulmane (p.136) non pas en traçant une relation directe de cause à effet, mais en considérant qu'étant donné la difficulté d'intégration de celle-ci elle ne peut que produire même à sa marge des déracinés susceptibles de servir de matériaux terroristes, d'où sa préconisation d'éviter que cette immigration de masse vienne s'installer en Occident. Certes, cette application du principe de précaution est vite taxée d'extrême droite par la pensée relativiste comme on peut le voir ces temps-ci à propos de l'offensive culturelle du djihadisme. Alors que serait aller vite en besogne (mais les idéologues y aspirent las de penser du fond de leur fromage dédié à vie) puisque les questions et les analyses soulevées par Yvan Blot restent cruciales.

J'aimerais cependant faire trois critiques de fond :

1/ un facteur est négligé dans l'analyse de Blot : les conséquences toujours en activité de la guerre dite "d'Algérie" qui alimentent et renforcent l'idée que toute intégration/assimilation serait une victoire du "néo-colonialisme" comme l'a dénoncée la post-léniniste Clémentine Autin sur RTL (On refait le monde du 22 août 2016) parce qu'il a été dépeint que ce pays vivait en quasi esclavage tenu par une minorité de "colons" racistes etc alors qu'en 1830 cette contrée était aussi "développée que l'Allemagne" comme le clamaient des idéologues du FLN (G.Meynier in Histoire intérieure du FLN, je l'analyse dans Les Berbères à la croisée des chemins). Ces divers mensonges permettent la manipulation en sus de ceux avancés à propos d'Israël et de la liberté en général.

2/ Tous les originaires d'Afrique du Nord ne peuvent être assimilés au monde arabo-musulman, il ne faut pas tomber dans ce piège qui poussent nombre d'imams y compris dit "modérés" à exiger des lieux de cultes par milliers. La majorité de ces originaires veut être intégrée voire assimilée s'il n'y avait pas les séquelles toujours vivaces de ladite guerre d'Algérie et les présupposés culturalistes traversant et la droite et la gauche sur cette fausse égalité entre immigration=islam. Il faut donc poursuivre une critique décisive sur les prétentions totalitaires non seulement de l'islamisme mais de l'islam qui a bien plus à voir avec l'idée de soumission que de paix au sens kantien. En ce sens énoncer comme le fait NKM que "le salafisme ce n'est pas l'islam"est non seulement naïf mais contre-productif puisqu'il faut placer le curseur plus haut en disant que l'immigration installée en France depuis soixante ans n'a pas à être liée à l'islam.

3/ La position d'Ivan Blot, si elle se nuance, peut cependant porter le flanc aux arguments stipulant que non seulement il faut stopper toute immigration, tout regroupement familial, ce qui peut se justifier au vu des problèmes actuels et en se basant sur l'idée, plaidable, qu'il faut donc un temps donné de rémission pour les résoudre, mais, surtout, et c'est là où le bât blesse, qu'il faille procéder à un processus de "remigration" à un retour, une expulsion massive et radicale en gros, y compris pour les immigrés installés en France depuis des décennies et sans histoire puisqu'ils "pourraient" se transformer en "déséquilibrés".

Sauf que là, et on le devine, on bascule ailleurs, et vite fait, dans une politique qui en apparence peut ressembler à ce qui s'est passé pour le million et demi de "pieds noirs" obligés de partir de leur pays de naissance pourtant, mais qui en réalité ressemblera beaucoup plus à une politique d'épuration puisqu'il faudra bien faire le tri, avec des listes, voire des camps, y compris pour ceux ayant la nationalité française à terme puisque les assassins de Charlie Hebdo et du Bataclan l'avaient. Bruno Maigret parlait de 1973, la date fatidique dudit regroupement familial. En tout cas il s'agira de plusieurs millions à renvoyer, et que faire de ceux qui ne veulent pas, faudra-t-il les emprisonner, voire à terme tuer ?…

Le livre d'Ivan Blot ne répond pas à ces questions, cela n'empêche pas de le lire avec attention et sérieux parce que son argumentaire est fondé, équilibré, malgré les réserves ci-dessus ; plus une: son attachement à Heidegger se fait sans recul alors que l'on connaît bien aujourd'hui l'assentiment de celui-ci au national socialisme ; ce qui n'est pas sans questionner également en quoi la prétention heideggerienne, précisément du fait de cet attachement là, échoue à penser en son fond la situation du monde ouverte par "l'ère de la Technique"…


Le  23/8/2016

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