Par Lucien SA Oulahbib 

Martin Malia dans La tragédie soviétique (1994) montre bien en quoi l'idée socialiste bien plus que l'idée libérale est essentiellement moralisante au sens chrétien de l'égalité également physique des corps désormais sauvés par la rémission du Péché Originel ; ce qui implique sur le plan terrestre une "égalité des conditions" dont parle Tocqueville pour critiquer l'aspect négatif du principe démocratique. Une égalité et une rémission donc débouchant sur l'innocence humaine puisque le mal serait désormais uniquement issu de la société qu'il suffirait de collectivement "bien" organiser pour que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Ce qui s'est avéré et s'avère encore faux les choses étant bien plus complexes hélas.

Pourtant, cette utopie (à différencier du souci immanent de justice coextensif à toute condition humaine) continue : telle la lumière de ces étoiles mortes qui nous parvient encore; elle veut imprégner, souder, forger, marquer au fer rouge l'égalité des conditions dans les corps, au plus profond du charnel, de telle façon qu'ils puissent devenir interchangeables, non seulement les rôles (ainsi il y aurait paraît-il des "tas" de Carlos Ghosn concernant les hautes rémunérations patronales, et tout le monde n'est-il pas artiste d'autant que tout est art ?) mais aussi permuter les sexes physiques.

Ceci implique d'anesthésier d'abord les esprits avant cette opération chirurgicale en cours, expérimentation du micro-communisme, en sommant de culpabiliser d'être (seulement) homme, blanc occidental car dominant (comme le montre de façon convaincante Pierre-André Taguieff)  ayant produit en plus du reste (croisades, colonisation mondiale) les deux guerres mondiales d'où la recherche depuis les années 60 d'un prisme non occidental au sens d'être libéré de l'esprit de comparaison source du mal et puisant ses racines dans la propriété privée qu'il s'agit de supprimer jusque dans les consciences, Marx rationalisant amplifiant cette idée rousseauiste et Lénine la mettant (prématurément) au monde avec le résultat que l'on sait (mais contesté en France car celle-ci serait seule en mesure de l'accomplir).

La révolution dite "culturelle" chinoise (après bien sûr la purge génocidaire issue d'octobre 17 en Russie et les massacres de la révolution française) en a été la pointe ultime (les intellectuels envoyés aux champs non pas bourdieusiens mais agricoles) les Khmers rouges sa raison pratique (défendue en France comme aujourd'hui le Venezuela), la déliquescence de l'État cgto-gaulliste français en étant son râle final et aussi sa raffinerie actuelle en pleine effervescence, accompagné de ce long ricanement haineux de la boli-bourgeoisie castro-chavezienne mondialisée jusqu'en Iran et capable de toujours trouver le bouc émissaire (juif/sioniste) adéquat pour faire oublier ses propres tares charriant pourtant des vidéos entières de preuves, quoique non "scientifiques" (car non estampillées CNRS, Paris 3 6 7 8, ENS bien sûr).

Mais on peut tout aussi bien dire que cet égalitarisme s'imprégnant aujourd'hui jusque dans les changements dits "progressistes" de sexe et de sexualité a aussi traversé les mouvements fascistes et nazis par ce souci de communion dans un être ensemble enraciné dans une même vision de la terre et du sang (comme l'a bien montré Philippe Simonnot) partageant pleurs et joies entremêlées dans cette jouissance blanche mise en branle à la vue du Conducteur, Guide, pas si éloigné de la même transe s'emparant des foules à la vue du Petit Père des peuples, Grand Timonier, "Grand Soleil du XXI ème siècle" (en Corée du nord actuel). D'où certaines concomitances et alliances objectives contre Israël, l'Europe, l'Amérique (et tout autant détestés les trois par l'autre côté lorsque des forces contraires, Trump, Orban, Netanyahou, contredisent les partis pris ambiants).

Certes, l'idée libérale espère elle aussi à la possibilité d'une prospérité pour le plus grand nombre à force de motivation et de liberté d'entreprendre ; au-delà des appartenances des héritages inégaux et des limites ; jusqu'à oublier cependant que l'être humain ne se nourrit pas seulement de satisfactions matérielles et prestigieuses, mais également d'identifications spirituelles au sens d'être reconnu dans ses capacités à être en telle ou telle forme culturelle et non pas exister seulement comme consommateur interchangeable même mondialisé ; d'où le souci humain permanent de régler son comportement sur des exemples de perfectibilité ou faute de mieux d'en chercher la protection symbolique et matérielle propre à une histoire collective.

Cette dernière remarque semble d'ailleurs être fondamentale dans l'analyse du comportement animal et humain puisque ce double souci de maturation individuelle et d'affinement dans et contre le collectif est aussi un besoin vital permanent qui explique les sympathies, les admirations et aussi les identifications, toute une psychologie traversant en fait les sociétés humaines jusqu'aux dictatures.

On ne comprendrait pas sinon l'émergence des villes hébergeant les vilains refusant le joug seigneurial, et aussi la longévité du monde médiéval basé sur un système d'alliance entre "feux" selon leur degré de puissance de prestige et de capacité à diriger ; observons aussi que l'on ne comprendrait pas également la persistance de la société aristocratique y compris de nos jours, sans ce besoin là d'alliance, d'allégeance, qui va de pair avec le souci de justice lorsque le sentiment de se sentir spolié traverse à vrai dire tous les êtres humains.

Cette analyse permet de mieux modifier les définitions des concepts politiques ayant surgi depuis la révolution française : l'idée que la gauche serait liée aux notions de justice et de progrès et la droite les notions d'avidité et d'inégalité s'avère faux ou simpliste puisque l'on peut tout aussi bien articuler la gauche à la notion d'étatisme totalitaire à la suite de l'expérience soviétique ayant par ailleurs secrété une élite auto-proclamée, et la droite à la notion de liberté émancipatrice progressiste suite aux révolutions anglaises et américaines.

Comment se fait-il cependant que cette dernière définition de la gauche et de la droite n'arrive pas à pleine maturité en France ?…Sans doute parce que l'étatisme de la monarchie absolue a ruiné le lien féodal (alors qu'il a été préservé au Royaume Uni) en le transformant en morgue versaillaise transformée et non pas détruite par le centralisme jacobin qui a alors définitivement empêché toute possibilité de rendre plus fluide le désir profond d'autonomie, en écrasant par centaines de milliers de morts la Vendée et le Lyonnais, une autonomie qui voulait d'ailleurs faire du 14 juillet une fête de la Fédération à l'initiative de Marseille, d'où d'ailleurs les prétentions légitimes de cette ville à l'encontre de Paris, Lyon et Bordeaux se situant à distance des extrêmes, surtout pour Bordeaux berceau des Girondins.

Sauf que ce souci de liberté, de subsidiarité avant la lettre, a été défait par la faillite des trois Restaurations et des deux Empires napoléoniens, en particulier le dernier, qui a abouti après la défaite de 1871 par l'écrasement de la Commune (moins monolithique qu'il n'y paraît tandis que Thiers n'a pas tous les torts…) rétrécissant cependant le drapeau français à celui des "Versaillais" au profit des drapeaux rouges et noirs qui eux-mêmes pourtant finirent par être récupérés par les léninistes russes puis réimportés en France à partir de la scission de 1920 à Tours pour aboutir à une autre restauration celle d'une nouvelle seigneurie étatiste moulée dans le giron franc maçon et radical, se drapant tout le long d'idées dites progressistes alors qu'elles étaient dictatoriales puisqu'elles imposaient et imposent encore une prédominance du collectif hypocrite car opaque puisque manipulé dans les coulisses par une minorité autoproclamée alors que toute la frange réformatrice issu des Girondins, en passant par Saint Simon, Proudhon (moins son antisémitisme) Bastia auraient permis de transformer en plus le capitalisme familial en capitalisme quasi autogestionnaire qui existait en pratique et qui ne se réduit pas au taylorisme anglo-saxon.

Car il faut se rappeler que la France de la fin du 19ème siècle était un grand pays d'inventeurs, d'ingénieurs, d'entrepreneurs ; pas étonnant que 1900 marque le triomphe de la Tour Eiffel à l'Exposition Universelle alors qu'aujourd'hui on fait seulement état de celle de 1930 et son "pavillon colonial" à qui l'on fait dire bien plus que ce qu'il montre comme si la France en particulier et l'Occident en général avaient été les seuls mandataires de l'idée de domination et d'esclavage oubliant le colonialisme et l'esclavagisme arabo-musulman bien plus ample et meurtrier comme l'explique si bien Tidiane N'Diaye (Le génocide voilé) dans cette indifférence générale qui aujourd'hui va dans sa soumission répudier les racines juives de la Palestine (mais qu'attendre d'un pouvoir qui nie déjà les racines chrétiennes de l'Europe ?).

La tragédie française réside en ce que l'imbroglio de la révolution française et ses atermoiements alambiqués ayant abouti dans le soviétisme n'arrive pas à se dépatouiller d'un paradigme croyant à tort que la gauche c'est le progressisme et la droite le conservatisme alors que l'inverse est tout aussi exact, sans oublier que les idées de justice et d'égalité sont coextensives à la condition humaine et que nul ne peut prétendre s'en réclamer aussi abruptement qu'il est prétendu en agitant ici les 40 heures, les congés payés, là le droit de vote pour les femmes alors que ce dernier a préexisté en Turquie kémaliste et que les avancées en droit social ont existé ailleurs sans que la gauche française n'y soit pour rien, n'oublions pas qu'aux temps glorieux de l'automobile un ouvrier américain touchait trois fois plus qu'un ouvrier français, un ouvrier allemand d'aujourd'hui touchant bien plus et même travaillant moins…

Il est clair qu'en France le débat multiforme est bloqué par une paralysie des pensées issues de forces étatistes qui ont intérêt à défendre leur position encore dominante en agitant les peurs du changement. Il suffit d'observer en quoi ladite "inversion des normes" résume à l'état pur cette hantise puisqu'il est automatiquement indiqué que l'accord préférentiel local se ferait au détriment du salarié. Par ailleurs l'idée de démocratiser la propriété comme l'a pensé Friedman pourrait justement aussi contrecarrer les idées post-léninistes d'hyper centralisation étatiste qui traverse désormais tout le spectre politique français. Au détriment de la France et de son peuple à n'en pas douter.

Le 22/5/2016     

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